Archives de la catégorie 'Réflexions

Un historien belge oublié : Léon Vanderkindere par Daniel COLOGNE

29 août 2010

En Belgique, durant l’automne 2006, la classe intellectuelle dominante n’a pas jugé utile d’évoquer le souvenir de léon Vanderkindere (22 février 1842 – 9 novembre 1906).

D’habitude si friands de commémorations idéologiquement orientées, les membres influents de notre « caste médiatique » (Rodolphe Badinand) et nos professionnels de la pensée unique se sont abstenus de célébrer le centenaire du décès de ce grand historien libéral.

Uccle est une des communes les plus étendues de la périphérie bruxelloise et une des vingt-cinq localités les plus riches de Belgique selon le critère de la fortune des habitants. Léon Vanderkindere en a été le bourgmestre (équivalent belge du maire en France) pendant les six premières années du XXe siècle (1900 – 1906).

Ce maïorat ucclois constitue le couronnement d’une carrière politique, où Vanderkindere se distingue notamment comme conseiller provincial du Brabant (1880 – 1884 et 1892 – 1894), de même que son rectorat de l’Université libre de Bruxelles (1880 – 1881 et 1891) parachève un cursus académique entamé dès 1872 par l’obtention d’une chaire d’histoire médiévale.

Disciple d’Hippolyte Taine (1828 – 1893), Léon Vanderkindere étudie la « part d’influence de la “ race ” dans les diverses manifestations de l’activité des peuples ». Tel est le sujet de sa thèse de doctorat soutenue en 1868. Ajoutée à son combat politique pour la reconnaissance du néerlandais comme deuxième langue nationale et à ses positions culturelles favorables au germanisme, son ouverture à une certaine forme de déterminisme explique la conspiration du silence qu’organise autour de son œuvre l’intelligentsia belge d’aujourd’hui rêvant, comme sa consœur française, d’un homme « sans attaches, sans racines » (Georges Feltin-Tracol).

Léon Vanderkindere n’a pas attendu Hervé Hasquin pour opérer l’indispensable retournement du « libre penseur », inféodé à l’illuminisme abstrait de la Déesse-Raison, en un « penseur libre » dont la quête de vérité peut croiser le chemin du doute quant aux sacro-saintes « valeurs » libertaires, égalitaires et fraternitaires.

Daniel Cologne

Bibliographie

• Le siècle des Artevelde : étude sur la civilisation morale et politique de la Flandre et du Brabant, 1879.

• « Discussions du projet de loi sur l’emploi de la langue flamande pour l’enseignement moyen », in Annales parlementaires. Chambre des Représentants, 1882 – 1883, pp. 142 – 144.

• Marez (G. des), « L. Vanderkindere », in Revue de l’Université de Bruxelles, 1907, pp. 401 – 464.
• Pirenne (Henri), « Notice sur la vie et les travaux de Léon Vanderkindere », in Annuaire de l’académie royale de Belgique, 1908, pp. 73 – 120.

Notes conjointes

• Jacques Van Artevelde (1290 – 1345) et son fils, Philippe Van Artevelde (1340 – 1382), furent, au XIVe siècle, les principaux meneurs des luttes gantoises contre le comte de Flandre, vassal du roi de France. Philippe meurt à la bataille de Rozebeke, le 27 novembre 1382, gagnée par Charles VI.

• Sur Hervé Hasquin, ancien recteur de l’Université libre de Bruxelles, voir Daniel Cologne, « La Franc-Maçonnerie en Belgique », in Vers la Tradition, 1985.

Les Hyperboréens et la « barque du Soleil » par Daniel COLOGNE

22 août 2010

Après la chute du Mur de Berlin et la réunification de l’Allemagne, le territoire de l’ancienne R.D.A. devient le champ d’action privilégié des profanateurs de sépultures remontant à la Haute-Antiquité.

Des pillards sévissent tout particulièrement dans la forêt est-allemande des environs de Halle, où les tombes sont saccagées avant que soient revendus au plus offrant les objets découverts : bijoux, épées, haches datant de l’époque où se développe la métallurgie du bronze (vers 1500 av. J.-C.).

Parmi ces objets se trouve un disque de bronze incrusté d’or. Les incrustations dorées semblent dessiner le Soleil, la Lune, un groupe d’étoiles et deux mystérieuses lignes courbes.

Découvert en 1999, le « disque de Nebra » est négocié à Bâle en 2002, mais la police helvétique arrête les trafiquants et permet au musée de Halle d’abriter désormais le précieux vestige. L’histoire a déjà été racontée à deux reprises sur la chaîne télévisuelle Arte (Les secrets du disque stellaire, dernière diffusion le 17 juillet 2006).

L’archéologie, l’astronomie, la chimie et la géologie unissent leurs efforts pour conférer au « disque de Nebra » la dimension d’une découverte capitale.

L’objet représente les deux luminaires, la constellation des Pléiades et un arc relatif aux positions solsticiales du Soleil à la latitude de la région de Halle. Il date de 1600 av. J.-C. et constitue donc une représentation cartographique de la voûte céleste antérieure à celles de l’Égypte et de Babylone. Son minerai de fabrication a été extrait des Alpes autrichiennes, ce qui exclut l’hypothèse de son importation de la Méditerranée orientale. Bref, il atteste le haut développement intellectuel des Européens du Nord de l’âge du bronze et il taille en pièces le préjugé très répandu selon lequel la zone septentrionale de notre continent serait demeurée à l’état de sauvagerie guerrière et obscurantiste, tandis que l’Est du bassin méditerranéen se réserverait le privilège d’être une « fabrique à civilisations ».

Une des deux énigmatiques lignes incurvées pourrait figurer la « barque du Soleil ». C’est ce qui a poussé un chercheur danois à postuler une importation du disque stellaire, de l’Égypte vers le Nord de l’Europe : hypothèse dont nous venons de découvrir le caractère non-fondé. Quant à l’historienne galloise des religions, elle en déduit un patrimoine symbolique commun à la terre des Pharaons et aux contrées septentrionales de notre continent.

Toutefois, la « barque du Soleil » n’est-elle vraiment qu’un symbole ? Ne s’agit-il pas, au contraire, d’une réalité cosmique primordiale dont les mythologies dérivées (les dérives mythologiques ?) n’auraient conservé qu’une mésinterprétation, un peu comme les paradis des religions sont des échos symboliques dévalués des utopies réelles ayant fleuri en des temps très reculés sur les toits polaires de notre planète ?

À l’époque où la Terre tournait circulairement autour du Soleil, celui-ci paraissait se déplacer autour de l’équateur terrestre (zéro degré de latitude Nord et Sud). Aux pôles (quatre-vingt-dix degrés de latitude Nord et Sud), le Soleil circulait au ras de l’horizon tout au long du cycle annuel-quotidien.

Pourquoi l’héritage hyperboréen a-t-il conservé l’image de la « barque du Soleil », et non par exemple celle du « char de feu » enlevant Élie vers les cieux dans la tradition biblique ?

Tout simplement parce qu’à l’opposé du continent antarctique du Pôle Sud, les lointains habitants du Pôle Nord vivaient sur quelques îles ou archipels parsemant l’océan Arctique. Le Soleil semblait donc se mouvoir, tel un navire, sur l’horizon maritime. Il en découle que les Hyperboréens étaient vraisemblablement un peuple de navigateurs. En tout cas, il ne faut pas s’étonner de la fréquence avec laquelle on retrouve l’insularité dans les descriptions de sociétés idéales léguées par les utopistes comme Bacon, More ou Campanella. Le souvenir de l’Hyperborée demeure vivace jusque dans une large part du patrimoine littéraire européen, à la lisière des temps modernes.

Daniel Cologne

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