Un historien belge oublié : Léon Vanderkindere par Daniel COLOGNE
En Belgique, durant l’automne 2006, la classe intellectuelle dominante n’a pas jugé utile d’évoquer le souvenir de léon Vanderkindere (22 février 1842 – 9 novembre 1906).
D’habitude si friands de commémorations idéologiquement orientées, les membres influents de notre « caste médiatique » (Rodolphe Badinand) et nos professionnels de la pensée unique se sont abstenus de célébrer le centenaire du décès de ce grand historien libéral.
Uccle est une des communes les plus étendues de la périphérie bruxelloise et une des vingt-cinq localités les plus riches de Belgique selon le critère de la fortune des habitants. Léon Vanderkindere en a été le bourgmestre (équivalent belge du maire en France) pendant les six premières années du XXe siècle (1900 – 1906).
Ce maïorat ucclois constitue le couronnement d’une carrière politique, où Vanderkindere se distingue notamment comme conseiller provincial du Brabant (1880 – 1884 et 1892 – 1894), de même que son rectorat de l’Université libre de Bruxelles (1880 – 1881 et 1891) parachève un cursus académique entamé dès 1872 par l’obtention d’une chaire d’histoire médiévale.
Disciple d’Hippolyte Taine (1828 – 1893), Léon Vanderkindere étudie la « part d’influence de la “ race ” dans les diverses manifestations de l’activité des peuples ». Tel est le sujet de sa thèse de doctorat soutenue en 1868. Ajoutée à son combat politique pour la reconnaissance du néerlandais comme deuxième langue nationale et à ses positions culturelles favorables au germanisme, son ouverture à une certaine forme de déterminisme explique la conspiration du silence qu’organise autour de son œuvre l’intelligentsia belge d’aujourd’hui rêvant, comme sa consœur française, d’un homme « sans attaches, sans racines » (Georges Feltin-Tracol).
Léon Vanderkindere n’a pas attendu Hervé Hasquin pour opérer l’indispensable retournement du « libre penseur », inféodé à l’illuminisme abstrait de la Déesse-Raison, en un « penseur libre » dont la quête de vérité peut croiser le chemin du doute quant aux sacro-saintes « valeurs » libertaires, égalitaires et fraternitaires.
Daniel Cologne
Bibliographie
• Le siècle des Artevelde : étude sur la civilisation morale et politique de la Flandre et du Brabant, 1879.
• « Discussions du projet de loi sur l’emploi de la langue flamande pour l’enseignement moyen », in Annales parlementaires. Chambre des Représentants, 1882 – 1883, pp. 142 – 144.
• Marez (G. des), « L. Vanderkindere », in Revue de l’Université de Bruxelles, 1907, pp. 401 – 464.
• Pirenne (Henri), « Notice sur la vie et les travaux de Léon Vanderkindere », in Annuaire de l’académie royale de Belgique, 1908, pp. 73 – 120.
Notes conjointes
• Jacques Van Artevelde (1290 – 1345) et son fils, Philippe Van Artevelde (1340 – 1382), furent, au XIVe siècle, les principaux meneurs des luttes gantoises contre le comte de Flandre, vassal du roi de France. Philippe meurt à la bataille de Rozebeke, le 27 novembre 1382, gagnée par Charles VI.
• Sur Hervé Hasquin, ancien recteur de l’Université libre de Bruxelles, voir Daniel Cologne, « La Franc-Maçonnerie en Belgique », in Vers la Tradition, 1985.