Un siècle d’arts plastiques en Belgique par Daniel COLOGNE
Dans un volumineux livre de cinq cents pages à l’iconographie abondante, Serge Goyens de Heusch rassemble des notices consacrées à deux cents peintres et sculpteurs belges contemporains (1).
Historien de l’art et propriétaire de la galerie Armorial sise place du Sablon, à Bruxelles, non loin d’une des plus belles églises gothiques de la ville, Serge Goyens de Heusch met surtout en valeur les artistes dont il a compilé les œuvres, depuis 1960, dans une opulente collection personnelle.
Cela explique la curieuse disproportion entre les notices relativement courtes abordant Magritte (° 1898) ou Delvaux (° 1897) et celles étonnamment longues traitant de peintres peu connus, comme Gaston Bertrand (° 1909).
En la personne de Louis Van Lint (° 1908), Serge Goyens de Heusch salue un maître dont il faut pourtant admettre qu’il ne fait pas l’unanimité dans la critique postérieure à 1945.
Stéphane Rey (2) émet d’abord sur Van Lint un avis très négatif : « La sclérose de cet art saute aux yeux » (3), avant d’épingler huit ans plus tard « la distinction de son coloris, la gravité sans lourdeur de sa pensée » (4).
Dans l’entretien télévisé qu’il accorde à une grande chaîne belge, peu après la parution de son livre (5), Serge Goyens de Heusch reconnaît que la grosse lacune de sa compilation est l’absence des expressionnistes (surtout flamands) de l’« école de Laethem – Saint-Martin » (6).
Le monumental ouvrage de Serge Goyens de Heusch permet sans doute à certains créateurs de sortir d’une injuste méconnaissance, voire d’un illégitime oubli. Il n’en reste pas moins que, jusque dans la seconde moitié du XXe siècle, un courant pictural comme celui de l’« abstraction lyrique », c’est-à-dire la meilleure part de l’art non-figuratif trop souvent synonyme de « défiguration », est largement redevable de sa percée aux recherches effectuées, à partir de 1910, par les dépositaires d’une « particulière aptitude à considérer le monde sensible comme signe et témoignage d’une réalité plus importante » (7).
Daniel Cologne
Notes
1 : Serge Goyens de Heusch, L’Art belge au XXe siècle, Bruxelles, Éditions Racines, 2006.
2 : Stéphane Rey est le pseudonyme sous lequel Thomas Owen (né en 1910), auteur de romans policiers et de contes fantastiques, exerça son activité de critique d’art.
3 : Le Phare – Dimanche, 7 novembre 1954.
4 : Idem, 25 novembre 1962.
5 : Face à face, R.T.L. – T.V.I., 6 février 2007.
6 : Sint-Martens – Latem est un village des bords de la Lys, près de Gand. Une soixantaine de maisons y ont été habitées ou fréquentées par environ cinquante artistes et quarante écrivains.
7 : Guide littéraire de la Belgique, de la Hollande et du Luxembourg, Paris, hachette, 1972, p. 173.