« Le Palais du Soleil s’élevait… » par Yves BRANCA

Lorsque Charlotte – Élisabeth de Bavière arriva à la Cour de France en 1671, pour devenir Madame, belle-sœur du Roi, ce qu’on appela d’abord à Versailles le « château neuf » de Le Vau, en pierre blanche, commençait à envelopper du côté des jardins le corps central de brique et d’ardoise de l’ancien pavillon de chasse de Louis XIII. « Liselote » vit s’élever et se déployer le Palais du Soleil, mais ce fut surtout ce roi extraordinaire et sa cour qui l’étonnèrent, et qu’elle se mit à observer, d’une âme neuve. En 1685, l’année de l’édit de Fontainebleau, le palais, presque achevé, est vraiment une sorte de temple solaire, résidence principale de Louis XIV, siège de la Cour et du gouvernement; mais dans la personne du Roi, devenu l’époux fidèle de Françoise d’Aubigné, elle ne voit plus ce Roi-Soleil éblouissant, qui lui avait donné son amitié, et qu’elle aimait secrètement : « Il change si horriblement que je ne le reconnais plus », écrit-elle aux siens le 1er novembre; et elle précise quelques mois après : « Le roi se croit dévot, depuis qu’il ne couche plus avec des jeunes femmes ». Et pourtant, ce soleil, qui aux yeux de la princesse s’est couvert de taches et affreusement obscurci, ne cessa jamais d’embellir encore sa demeure, de l’orner, de la parachever, même dans les années terribles (1689 et 1709) où, par les nécessités de la guerre, voulant donner l’exemple et soulager le peuple, il envoie fondre tout son mobilier d’argent, puis sa vaisselle d’or à la monnaie. L’aile nord est terminée précisément en 1689; et ni les revers de Malplaquet et d’Audenarde, ni les affronts de Gertruydenberg, ne ralentirent, de 1708 à 1710, sauf aux jours les plus froids du « Grand Hiver», l’achèvement de la chapelle, dont la féerie n’exprime rien moins qu’une dévotion étroite; certaines transformations des bassins et bosquets de Versailles et de Marly sont des dernières années de la vie du roi : 1713, 1714; et en 1715, le salon d’Hercule, commencé en 1710, reste inachevé. Marly, d’ailleurs, construit autour de 1680, où il séjourne de plus en plus longtemps à la fin du règne, donne les preuves les plus sûres de sa fidélité au « corps de devise » solaire qu’il avait choisi en 1662. Si la personnalité de Louis XIV connut une certaine altération autour de 1680, il faut donc en juger très prudemment, car une aversion de plus en plus mesquine pour la grandeur, et qui d’ailleurs a en partie son origine dans les infortunes mêmes de ce roi, a prévalu en France depuis la chute de Napoléon Ier, puis en Europe dans la seconde moitié du XXe siècle. On s’est ingénié par système à faire passer pour des « fautes » cette infortune, à en accabler la mémoire de Louis, à diminuer sa figure. « Le roi SE CROIT dévot »: ce mot si perspicace de la Palatine, qui éclaire tout, est une clef précieuse pour entrer dans une question difficile : comment un esprit réellement et « affreusement » changé, rétréci, perverti par la dévotion aurait-il pu achever un chef d’œuvre aussi accompli que Versailles ? Pour essayer d’y répondre, il faut commencer par considérer Versailles même, et l’imaginer, pour mieux le comprendre, dans son extraordinaire perfection d’avant que Louis XV n’eût commencé à le défigurer.

Le château de Versailles est par ce qu’il a de plus original une image terrestre du Palais du Soleil que décrit Ovide dans la fable de Phaéton, au début du livre II des Métamorphoses. Sa très singulière beauté naît de l’harmonie de trois éléments, dominés par une inspiration qui, dans le fond, est antique, et, osons le dire, d’essence impériale. Par cette harmonie, Versailles est sans pareil. Seuls peuvent lui être comparés, par opposition, en Europe, l’Escurial, dont l’unité fermée est celle du pur dogme catholique; et dans le monde, à l’autre extrémité du continent eurasiatique, la Cité interdite de Pékin, espace sacré, encore plus homogène et fermé, d’une liturgie cosmique. Mais le palais de Versailles est ouvert; sa majesté n’a rien d’accablant; il nous accueille avec grâce, de cour en cour, et nous emporte entre ses ailes. Passé la Galerie des Glaces et les miroirs d’eau, il nous dirige calmement dans la direction marquée par la course du Soleil, vers les jardins, la forêt, la plaine, l’eau, l’infini. La façade et les ailes qui donnent sur l’orient ne sont qu’un agrandissement magnifique du pavillon de Louis XIII, dont il garde le caractère, la brique, l’ardoise. Hormis les bustes d’empereurs romains de la Cour de marbre, et Mars et Hercule à l’horloge, les motifs antiques n’en sont que des ornements, à côté des fleurs de lys. Ce côté-ci est celui de la vie et du gouvernement du roi de France Très- Chrétien, jusqu’aux ailes des ministres et aux écuries. La chapelle y rend un hommage évident, mais discret, aux saintes chapelles médiévales du Palais de la Cité et de Vincennes. Ce qui est à proprement parler le Palais du Soleil s’adosse au vieux château dont il enveloppe le corps central, en déployant ses ailes du nord et du sud, et regarde vers l’occident. Pour la façade, Le Vau, s’inspirant des palais du Capitole de Rome, en particulier de celui dit des Sénateurs, et aussi, pour certains éléments, de la façade de Saint-Pierre, a développé ou appliqué des conceptions de Michel-Ange. Un rapprochement s’impose aussitôt : le nouveau Capitole, selon la volonté des grands papes humanistes de la Renaissance : réunir les chefs d’œuvre de l’art romain antique pour les présenter au peuple romain et au monde; le palais de Le Vau et les jardins qu’il commande présentent au roi, aux princes, aux honnêtes gens, aux ambassadeurs, une véritable somme de la sagesse gréco-romaine (ou, plus exactement, de celle de l’Empire gréco-romain hellénistique, dont Louis, est un admirateur en la personne d’Auguste, comme il l’exprime très clairement dans ses Mémoires destinées au Dauphin). Il est à remarquer que le symbolisme solaire s’y affirma surtout après l’établissement de la Cour et l’achèvement de la Galerie des Glaces. Lorsque les sept salons dits « des planètes » du premier appartement du Roi, commandés par Jupiter, devinrent le grand appartement de réception, Apollon évinça le Père des dieux. Le salon de Jupiter, premier cabinet du roi, devint le Salon de la guerre, à l’extrémité nord de la Galerie; et le salon suivant, celui d’Apollon, qui fut la première chambre du roi, devint la salle du trône, commandant les cinq autres (de Mercure, de Mars, de Diane, de Vénus, et de l’Abondance, que l’on avait préférée à Saturne, fort bien placé dans les jardins). Cet ensemble olympien devient apollinien; et en même temps, il semble qu’à Marly, le culte royal du Soleil progresse encore, comme celui du Sol invictus dans la Rome du IIIe siècle, sous Aurélien. En 1686, le roi peut enfin y recevoir ses hôtes dans douze pavillons qui, de part et d’autre du Pavillon royal, dont les quatre frontons représentent les quatre heures (temps) de la course d’Apollon sur son char, figurent les signes du Zodiaque. En 1668, au moment même où commencent les grands travaux de Versailles, Louis, expliquant longuement au Dauphin son « corps de devise », comparait le Soleil à un grand monarque par « la lumière qu’il communique aux autres astres qui lui composent une espèce de cour ».

Du nord au sud, au pied de la façade « solaire » conçue et commencée par Le Vau, et achevée par Hardouin-Mansart, depuis Neptune et le Dragon jusqu’à l’Orangerie qui regarde le lac des Suisses, est une suite de bassins, de bosquets, de parterres, qui de part et d’autre s’élèvent vers la terrasse des deux « miroirs d’eau ». Vincent Beurtheret (1) a vu dans cet ensemble, non sans quelques raisons, un parcours initiatique très librement inspiré du Songe de Polyphile, dont Mazarin avait offert plusieurs exemplaires à Louis XIV, et qui lui fut expliqué par son second précepteur d’italien, l’humaniste Ascanio Amalteo, dit le Chevalier Amalthée. Quoi qu’il en soit, il est évident que les ornements mythologiques des jardins et du parc ne sont pas disposés pour le seul agrément du promeneur, et qu’ils rappellent des vérités essentielles de la sagesse antique, et en eux-mêmes, et par leurs relations réciproques, qui forment l’harmonie et l’unité de l’ensemble. Entre les innombrables figures qui ornent ces seuls jardins nord-sud, la plus remarquable est sans doute, au nord, aussitôt après le bassin de Neptune, l’opposition du Dragon avec les marmousets de l’allée qui monte vers la lumière. Ce dragon, qui n’est autre que Python tué par une flèche d’Apollon, lancée ici par un amour, évoque les mystères de Delphes. Avec l’admirable Encelade enseveli sous l’Etna, dans son bosquet de la voie du nord vers le Parc et le Canal, il est un puissant rappel des forces obscures et chtoniennes, restes du chaos primordial, auxquelles l’esprit apollinien doit donner ordre sans relâche, avec la constance même de la course du Soleil.

Nous sommes partis du château, côté ville; mais si l’on part des jardins, on s’aperçoit aussitôt que le domaine fut placé dès le commencement des grands travaux sous l’égide d’Apollon. L’orientation naturelle du large vallon que Versailles commande, entre les hauteurs de Satory et celles de la forêt de Marly, et où stagnaient les marais qui devinrent le Grand Canal, était favorable, et donna leur axe au parc, aux jardins, et  au premier château, qui de ce côté (est-ce entièrement par hasard, vu la dévotion chrétienne de Louis XIII ?) regardait heureusement le point où se couche le Soleil le 25 août, qui est la Saint Louis. Louis XIV, quant à lui, a décidé en 1664 que la course du Soleil serait marquée, dans les jardins, entre le Grand Canal et le palais, par l’axe Apollon – Latone. Le bassin de Latone, mère d’Apollon et de Diane par la séduction de Jupiter, et le bassin d’Apollon furent achevés dès 1670. Les deux ensembles de bosquets du nord et du sud, de part et d’autre de l’Allée royale, qui relie Apollon et Latone, ont pour axe parallèle, respectivement, le printemps et l’été (Flore et Cérès), et l’automne et l’hiver (Bacchus et Saturne). Au dessus de Latone, l’histoire de la terrasse centrale aux deux miroirs d’eau, dite Parterre d’eau, et des transformations considérables de ses ornements, qui commence en 1674, se confond bientôt avec celle de la Galerie des Glaces, et se termine en même temps : 1685 – 1686. De part et d’autre des miroirs d’eau, les deux grands vases de la Guerre et de la Paix, qui correspondent aux salons du même nom des deux extrémités de la Galerie, marquent bien que ce lieu est celui où les symboles des grands appartements et ceux des jardins s’unissent en se reflétant réciproquement; mais le reflet du Palais dans les eaux est secondaire; le principal est celui de la lumière d’Apollon, escorté de toutes les beautés de la Nature, des bois, du Parc, des jardins, et des eaux, dans les miroirs de la Galerie. C’est pourquoi au bassin d’Apollon, qui dans la perspective s’unit à la mer du Grand Canal où flottaient des vaisseaux, le dieu sur son char émerge à l’occident, au lieu de plonger dans les eaux. Ainsi l’influence solaire pénètre-t-elle Versailles par l’Occident, comme une influence non pas magique, ni cosmique, mais réfléchie. Le plus grands prodige de la Galerie des Glaces et du parterre d’eau est sans doute que la réflexion (osons ce jeu de mot baroque) la plus profonde et la plus raisonnée ne s’y distingue pas de la plus brillante improvisation, comme en témoignent en ces lieux le nombre et la rapidité des métamorphoses qu’ils connurent avant d’atteindre cette perfection, et que l’on ne peut détailler ici. Ce don d’improvisation, des « coups de génie », qui sont le propre des grands hommes de l’histoire, Pierre Goubert, cet historien si profond, les a finalement reconnus chez Louis, ainsi que sa « culture à la fois sûre et incomplète », dans sa préface de 1995 au beau livre de Jean-Christian Petitfils. Cette culture est celle même de l’honnête homme, que Madame de La Fayette, qui s’y entendait, reconnaît par excellence au roi; et par là, qu’il ne « se piquait » que du seul art qui lui incombait, en vertu de sa naissance : celui de gouverner. C’est par là aussi que l’on comprend le mieux que Louis ait voulu passer maître dans l’art des bâtiments et des jardins, à seule fin de laisser à ses successeurs ce qui était à ses yeux le plus parfait et le plus subtil instrument de gouvernement. Le plus grand prodige esthétique et symbolique de Versailles fut la parfaite unité de ce Palais de l’Empire du Soleil adossé à celui du roi de France très chrétien, qui ne communiquaient directement que par l’Escalier des ambassadeurs, la chapelle, et la salle du Conseil, et dont chaque face, approchée par un étranger ignorant, ne lui laissait rien deviner de l’autre. Dans Versailles achevé ne se distinguent plus l’idéal d’unité né d’un tourment profond et presque obsédant des trahisons et des troubles de la Fronde, et une aspiration puissante et secrète, en quelque sorte instinctive, qui est celle d’un caractère, à dépasser la dualité fatale de la culture européenne depuis le triomphe du christianisme, dont, par les coups et contrecoups de la Réforme, de la Contre-Réforme, du nouvel esprit scientifique, et de la fondamentale ambiguïté du jésuitisme, la nature composite et les contradictions s’aggravaient.

Par sa culture antique et italienne, fût-elle incomplète (mais qu’il perfectionne vers l’âge de vingt-huit ans, pour étayer ses Mémoires, en étudiant surtout l’histoire comparée de la France et du Saint Empire), l’aspiration de Louis porte une empreinte néo-platonicienne. Ses Mémoires montrent clairement qu’il identifie Dieu à « une puissance supérieure, dont celle des rois est une partie », et qui assure l’unité, l’harmonie, l’ordre du monde. Cette sorte d’idéalisme, qui formera toujours le fond principal de sa « dévotion », s’accorde parfaitement avec un esprit naturellement « très droit », reconnu par les ambassadeurs vénitiens, qui l’observent avec le plus de sympathie et de finesse. Louis apparaît, au début de son règne personnel et jusque vers 1679, comme un nouvel Alexandre ou un nouvel Auguste, « dont le grand royaume prend sa forme, sa force, et l’on peut dire sa subsistance (sussistenza) de lui seul » – écrit en 1668 l’ambassadeur vénitien Giustinian. Dans ses Mémoires, commencées la même année, Louis appelle quelquefois la France « cet empire ». Protecteur éclairé de Molière, auquel il aurait suggéré le personnage de Tartufe, il est alors, Michelet lui-même le reconnaît, « aussi aimé du peuple que de la bonne La Vallière ». Mais après 1670, Montespan la superbe et l’enchanteur Lully l’entraînent vers des hauteurs olympiennes et solaires vertigineuses. À la guerre, il escorte à cheval le carrosse des « trois reines ». Lorsque Bossuet entreprit en 1675 de réformer ses meurs, l’entretint « de l’amour de Dieu et de l’ardent désir de suivre ses volontés », et lui fit pour la première fois lire l’Évangile, Louis lui déclara: « Je n’ai jamais ouï parler de cela, on ne m’en a rien dit ». Il ne mentait pas, car il n’avait jamais suivi la messe, où il se contentait de dire son chapelet en se délectant de l’excellente musique dont il savait si bien choisir les auteurs. Bossuet sut le toucher, mais seule l’Affaire des poisons le fit descendre un peu de l’Olympe. Pour un homme qui se meut dans des sphères si élevées, l’horreur de se voir soudain éclaboussé par la pourriture des bas-fonds est extrême, et il se représente sans doute pour la première fois l’Enfer. Dès lors, l’amitié encore pure de l’insinuante et belle Maintenon lui parut de plus en plus douce, leurs conversations furent de plus en plus longues. Lorsqu’il l’eut épousée à la fin de 1683, quelques mois après la mort de la Reine, le roi pria Lully et Quinault de prendre désormais leurs sujets dans les romans chrétiens de chevalerie, ou les épopées sur les Croisades. Leur dernière tragédie lyrique avait magnifiquement développé la fable de Phaéton d’après Ovide; le roi leur prescrivit lui-même de s’inspirer d’Amadis des Gaules, et de célébrer l’amour fidèle. Il continua  de dire son chapelet à la messe, et promut De Lalande à la musique de la chapelle. En dépit de ses directeurs jésuites, il ne communiait qu’aux grandes fêtes. Lorsqu’il révoque l’édit de Nantes, lorsqu’il décide, après 1700, d’extirper entièrement le jansénisme, c’est avant tout parce qu’il croit défendre ainsi l’unité du royaume. Mais dans son indifférence de 1689 aux « grandes révélations du Sacré Cœur », et sa sévérité de 1696-97 envers le quiétisme, la folie de Madame Guyon, et l’esprit « chimérique » de Fénelon, on reconnaît pleinement le protecteur de Molière, et ce bon sens qui en 1667 lui fit envisager de « diminuer ce grand nombre de religieux, dont la plupart, étant inutiles à l’Église, étaient onéreux à l’État » (Mémoires, année 1667). Toute la vie et l’œuvre de ce « Roi très chrétien »,  confirme donc la foi si singulière, qu’il exprimait au Dauphin dans ses Mémoires pour la même année : « Pour voir, mon fils, comme vous devez reconnaître avec soumission une puissance supérieure à la nôtre et capable de renverser, quand il lui plaira, vos desseins les mieux concertés, soyez toujours persuadé, d’un autre côté, qu’ayant établi elle-même l’ordre naturel des choses, elle ne les violera pas aisément  ni à toutes les heures, ni à votre préjudice, ni en votre faveur. Elle peut nous assurer dans les périls, nous fortifier dans les travaux, nous éclairer dans les doutes, mais elle ne fait guère nos affaires sans nous, et quand elle veut rendre un roi heureux, puissant, autorisé, respecté, son chemin le plus ordinaire est de le rendre sage, clairvoyant, équitable, vigilant, et laborieux. »

Yves Branca

Note

1 : Vincent Beurtheret, Versailles. Des jardins vers ailleurs, AMDG Éditions, 1996.

Ce beau livre a le mérite de bien montrer que Louis XIV fut le seul maître d’œuvre de Versailles, mais l’auteur ramène tout au dogme catholique, en s’inspirant d’une poésie théologique baroque refusée par Boileau, principale figure des Anciens, vers lesquels penchait le roi. « De la foi d’un chrétien les mystères terribles / D’ornements égayés ne sont point susceptibles » (Boileau, Art poétique, chant III).

• Une version abrégée est d’abord parue dans La Nouvelle Revue d’Histoire, n° 57, novembre – décembre 2011.