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Le couple franco-allemand doit-il faire chambre à part ? par Jean NON CONFORME

17 août 2014

Madame, Mademoiselle, Monsieur, Chers Amis et Lecteurs du site,

Pour la dernière quinzaine de vacances, nous vous proposons de consulter une aide inestimable pour cette année et les années prochaines : Guide dissident de l’Allemagne et de l’Autriche de Paul Durand, Éditions Facta, 2014, 26 € + 8 € de port; à commander à Faits & Documents, B.P. 254 – 09, 75424 Paris C.E.D.E.X. 09.

Bonne lecture et bonnes découvertes de la Germanie !

Les prochaines mises en ligne auront lieu le 31 août prochain.

La rédaction d’Europe Maxima

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Les résultats des Européennes ont montré un véritable euroscepticisme dans certains pays. Bien que nous soyons heureux de ce (modeste) sursaut des Européens contre la technocratie capitaliste euro-atlantiste, il pose tout de même la question de l’avenir de notre continent. Soyons clairs, nous sommes initialement des défenseurs de l’Europe carolingienne, celle dont rêvait aussi Bonaparte, et qui fut à l’origine de l’Europe des Six. Le « repli national » n’est donc pas pour nous la solution optimale. C’est à la limite un truc d’Anglais de se replier sur son île et d’œuvrer à saborder toute puissance continentale européenne. Le rôle de la France, c’est d’être le cœur politique de l’Europe, comme c’est le cas depuis de nombreux siècles. La France se doit donc de « penser l’Europe ».

Du rêve à la réalité, il y a un pas, donc soyons pragmatiques. Aujourd’hui il paraît évident qu’il n’existe aucun couple franco-allemand, on aura beau le fantasmer, dessiner des cartes de la Grande Europe sur Paint ou Photoshop, la réalité est évidente, comme c’est malheureusement le cas depuis maintenant cent cinquante ans, la France et l’Allemagne ne parviennent pas à agir de concert, à ne pas se vampiriser. Le couple franco-allemand ne vit que dans le spectacle médiatique fait des sourires hypocrites de leurs chefs d’États respectifs. Par ailleurs, combien de Français parlent l’allemand et combien d’Allemands parlent français ? Il faut donc envisager la constitution de l’Europe sur des bases neuves, ou pas.

La France doit retrouver sa place, celle d’une grande nation d’Europe. La France a plusieurs forces. Tout d’abord elle dispose de la deuxième Z.E.E. du monde (espace maritime), ce qui est essentiel vis-à-vis des États-Unis et de la Chine. De plus, elle est aussi un carrefour, un passage obligé entre l’Europe du Nord et celle du Sud et l’isthme de tous les trajets partant de l’Est vers l’Ouest. Enfin, elle est une puissance agricole (la première d’Europe). La France est aussi, intrinsèquement, une « mini-Europe ». Il suffit par exemple de voir la diversité du bâti, entre les maisons en briques du Nord, qui rappellent la Belgique voisine ou l’Angleterre, les grandes maisons en pierre du Pays basque ou les maisons au crépis chaud du Sud méditerranéen qui rappellent l’Espagne ou l’Italie. La France ne peut donc pas aller contre l’Europe, au risque de renier une partie d’elle-même. C’est en s’appuyant sur ses forces (il y en a d’autres) qu’elle pourra se permettre de revenir ensuite vers l’Allemagne. La France se positionne aujourd’hui comme le seul pays capable de construire une autre Europe.

Dans l’état actuel des choses, il faut réfléchir sur quelles bases constituer l’Europe. Une idée, qui n’est pas neuve mais pourrait être pertinente me traverse l’esprit régulièrement : diviser l’Europe actuelle en deux grandes familles et organiser des rapports bilatéraux entre la France et l’Allemagne. D’un côté une « union/confédération latine », de l’autre une « union/confédération germanique ».

L’union latine est déjà un projet évoqué par Charles Maurras, qui lui- même mentionne que cette idée a été défendue par des « révolutionnaires » : Mazzini ou Victor Hugo. C’est d’ailleurs un projet qui a eu une actualité dans la deuxième moitié du XIXe siècle à la suite de l’unité italienne et des relations établies avec le Second Empire.

La France pourrait coopérer avec l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Wallonie et disposerait de son importante Z.E.E. La France serait ainsi le moteur de cette union latine, ouverte directement sur deux mers et un océan et pouvant compter sur les territoires ultra-marins. Cette union latine disposerait d’une monnaie en rapport avec ses atouts économiques comme l’agriculture et le tourisme et pourrait aussi développer des technologies maritimes et s’engager sur la voie de la protection des océans. Elle serait un passage obligé pour le commerce international, en raison de son contrôle sur Gibraltar et le rail d’Ouessant et dispose de plusieurs villes portuaires comme Gênes, Marseille-Fos, Barcelone, Bilbao ou le Havre. Elle pourrait donc lourdement taxer les produits d’Asie de l’Est et du sous-continent indien, favorisant ainsi le développement d’un tissus de P.M.E. et engageant une forme de démondialisation. Elle aurait aussi en charge la lutte contre l’immigration et la coopération avec le Maghreb. Elle pourrait aussi être un partenaire de certains pays d’Amérique latine hostiles à la doctrine Monroe.

La « confédération germanique » quant à elle rappellera la situation avant l’unité allemande, à l’époque où celle-ci était dominée principalement par l’Autriche. Les Prussiens ayant affaibli la position de l’Autriche, il reviendrait très naturellement à l’Allemagne rhénane de mener cette confédération. D’autant que la réunification n’est pas encore totalement réussie.

L’Allemagne est la maîtresse de la Mitteleuropa, son espace géostratégique et économique comprend la Baltique, une partie du Danube et les pays de l’Europe orientale. Ainsi l’Allemagne pourrait structurer un espace de coopération avec l’Autriche, la Flandre, les Pays-Bas, la République tchèque et le Danemark. Je préfère ne pas trop élargir pour définir une union resserrée. Elle serait en tête dans l’industrie de qualité, la recherche ou les énergies « vertes ». Cet espace aurait le contrôle sur le Rhin, le Danube et bénéficiait des grands ports comme Rotterdam ou Anvers.

L’établissement de ces deux grandes unions ou confédérations pourrait ensuite permettre la mise en place de rapports d’égal à égal entre la France et l’Allemagne, entre les Latins et les Germains, entre une Europe ouverte sur les mers et une Europe continentale, entre une Europe agraire et une Europe plus industrielle (ce qui n’exclue pas l’existence d’agriculture du côté de l’union allemande et d’industrie dans l’union latine). Bien sur tout cela relève de la fiction et il faudrait passer au-dessus de certaines blessures historiques, comme celle entre la France et l’Espagne ou celle entre l’Allemagne et la République tchèque qui serait le seul État « slave » de cette confédération, à moins que la Pologne s’y joigne. Pourtant ce serait dans l’immédiat la meilleur façon de sortir de la crise que traverse l’Europe en repositionnant les deux grands pays sur leur espace géopolitique naturel et en coupant l’Europe en deux grandes zones économiques structurellement différentes.

Ces deux unions œuvreraient ensuite pour une politique internationale commune, ou du moins, non divergente. Ce qui pose par exemple la question d‘un partenariat avec la Russie, beaucoup plus simple à réaliser pour l’Allemagne que pour la France mais qui garantit le fameux axe « Paris-Berlin-Moscou » sur des bases équitables. L’Angleterre quant à elle serait repliée sur son île et chercherait à favoriser le libre-échange avec les États-Unis, comme elle l’a toujours fait. L’union latine serait sa principale concurrente sur les mers.

À travers ce modeste article, qui relève de la prospective fictionnelle, j’ai cherché à proposer une sortie de crise possible pour résoudre les problèmes que nous traversons : difficultés monétaires, austérité en Europe du Sud (particulièrement en Italie), immigration, asphyxie économique, absence de protectionnisme, absence de politique étrangère, relations avec la Russie, résistance à l’impérialisme anglo-américain, riposte économique et géostratégique à la Chine et à l’Inde. Peut-être que certaines personnes bien placées seront à même de soulever cette idée, pas neuve, mais qui pourrait retrouver une actualité.

Jean Non Conforme

N.B. : ces considérations n’entrent pas en conflit avec des volontés localistes, auto-gestionnaires ou décroissantes qui peuvent aussi nous préoccuper. Ces dernières sont essentiellement le produit d’une politique intérieure alors que cet article concerne simplement la politique extérieure.

• D’abord mis en ligne sur Cercle non conforme, le 4 août 2014.

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Coca-Cola : entre boycott et alternatives locales par Frédéric DE GRIMAL

17 août 2014

La filiale espagnole de la marque Coca-Cola a annoncé un énorme plan social le 22 janvier 2014, prévoyant la fermeture de quatre usines et le licenciement de plus d’un millier de salariés. Peu concernée par la terrible crise systémique espagnole et le taux de chômage endémique ibérique, la grande firme internationale Coca-Cola n’a pas fait dans le détail.

La réponse ne s’est pas faite attendre. D’abord de manière assez classique avec une grève et des manifestations, puis de façon plus originale avec un appel au boycott des produits de la marque, comme l’indique un article du site internet de Courrier International en date du 18 juin 2014. Le slogan des salariés espagnols de Coca-Cola, patriotique et social, est éloquent : « Si Madrid ne fabrique plus de Coca-Cola, Madrid n’en boira plus. ». Une belle démonstration de patriotisme économique par la base, puisque les États européens sont défaillants à protéger leurs économies des circonvolutions des groupes prédateurs venus d’outre-Atlantique.

On pouvait douter du succès d’une telle initiative dans une Europe américanisée accro aux boissons gazeuses et trop sucrées du géant américain. Et pourtant, la consigne a été largement suivie par le peuple espagnol, et particulièrement dans les régions du centre (Vieille Castille, La Manche, Estrémadure et Madrid). Le journal espagnol El Economista a révélé que les ventes de la marque avaient diminué de moitié en février, par rapport aux chiffres de l’année 2013. Il s’agit même de la plus grosse chute jamais enregistrée par la marque ! Le boycott a donc porté un dur coup à cette entreprise hégémonique, au combien symbolique de la globalisation sans visage. Un coup durable car les experts estiment même que les ventes ne devraient pas remonter avant 2017, ce dont on peut se réjouir franchement.

Quelle meilleure arme contre ces entreprises américaines apatrides qui licencient dans notre Europe en crise que de boycotter leurs produits ? C’est le seul langage qu’ils peuvent comprendre, et puis ne sommes-nous pas suffisamment compétents pour produire nous-mêmes des boissons gazeuses de qualité plus respectueuses de la santé (et tout aussi addictives) ?

L’idée des manifestants espagnols est donc brillante car d’une efficacité redoutable. Imaginons une telle chose à l’échelle européenne, ce serait un moyen de nous faire respecter, de montrer que nous ne sommes pas de dociles moutons de Panurge prêts à acheter tout ce que l’on nous demandera. Nous devons montrer toute notre opposition à la laideur et à l’infamie qu’ils nous imposent, mais le faire réellement plutôt qu’en protestant dans le vide. Voilà donc une bonne initiative, mais elle ne saurait être durable en raison de la nature même du capitalisme contemporain qui génère des pseudo-besoins désormais si ancrés dans nos comportements quotidiens qu’ils nous semblent naturels.  Annihiler l’« envie de Coca », ou plus généralement l’envie de marques, est impossible à grande échelle dans le monde contemporain.

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Jean Baudrillard, grand observateur de l’aventure américaine, trouva dans La Société de Consommation, une exacte définition pour l’horizon de l’homme contemporain : « homo œconomicus ». Il précise cette notion comme « fossile humain de l’âge d’or, né à l’ère moderne de l’heureuse conjonction de la Nature Humaine et des Droits de l’Homme, est doué d’un intense principe de rationalité formelle qui le porte : 1- À rechercher sans l’ombre d’une hésitation son propre bonheur ; 2- À donner sa préférence aux objets qui lui donneront le maximum de satisfactions. Tout le discours, profane ou savant, sur la consommation, est articulé sur cette séquence qui est celle, mythologique, d’un conte : un Homme, “ doué ” de besoins qui le “ portent ” vers des objets qui lui “ donnent ” satisfaction. Comme l’homme n’est jamais satisfait (on le lui reproche d’ailleurs), la même histoire recommence indéfiniment, avec l’évidence défunte des vieilles fables ».

Le sociologue français conceptualise un homme de besoins, un homme qui a le « droit » de « satisfaire » à ses besoins. Les « besoins » dont il s’agit, ne sont pas d’ordre naturel comme manger ou dormir à l’abri, mais bien des « besoins » d’ordre symbolique et répondant à des critères de confort annexe ou à l’hédonisme ludique. En somme, nous sommes infantilisés, tels le chien de l’expérience de Pavlov nous voulons notre Coca car son goût est étudié pour nous plaire. Et il n’est pas réaliste de penser pouvoir supprimer tous ces pseudo-besoins aux peuples d’Europe. Qui en « révolte contre le monde moderne » pourrait se priver de Facebook ou n’a jamais déjeuné sur le pouce au Mac Donald’s ? Il nous faut d’abord faire notre examen critique et comprendre que loin d’être des personnalités extraordinaires hors du monde et de ses tentations, nous sommes, nous aussi, pleinement parties prenantes de ce monde moderne que nous critiquons.

Alors plutôt que de lutter frontalement contre un ennemi plus fort, nous devons nous adapter et pratiquer l’aïkido, c’est-à-dire retourner sa force de séduction contre lui-même, produire des Ersatz de meilleur qualité que les produits de consommation de masse qu’ils nous imposent. Le but est de contourner ce système. Coca-Cola jouit d’une situation quasi monopolistique sur son secteur de marché malgré les initiatives de boissons régionales comparables, tel le « coca » breton Breizh-Cola, ces boissons n’arrivent pas encore à bousculer comme il le faudrait le géant américain mais elles doivent plus que jamais être soutenues. Elles donnent du travail aux européens vivant en zone rurale, elles font aussi travailler les agriculteurs locaux, enfin, et peut être plus important, elles affirment un enracinement local défiant l’autorité centrale. La lutte contre le T.A.F.T.A. et le T.I.S.A. passe par plus d’intelligence économique et d’innovation, au-delà d’une future mise au pas de la finance spéculative qui n’est pour l’instant qu’un vœu pieux. Dans le Lot un brasseur produit la bière Ratz (je vous la recommande); après deux années de galères noires, il exporte désormais son produit dans tout le grand Sud-Ouest sans le soutien d’aucune grande chaîne de distribution.

À nous désormais, de trouver les clés pour proposer une alternative au modèle consumériste imposé. Une troisième voie qui soit ancrée dans le présent tout en rejetant les manifestations les plus creuses et nihilistes du monde moderne. Nous ne sommes pas des réactionnaires, nous sommes des hommes d’action.

Frédéric de Grimal

• D’abord mis en ligne sur Cercle non conforme, le 17 juillet 2014.

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