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Incertaine Espagne par Georges FELTIN-TRACOL

26 juin 2016

Il ne fait pas bon actuellement d’être un bureaucrate de Bruxelles. Après des résultats municipaux calamiteux pour le Système en Italie et un Brexit aussi soudain qu’inattendu, la capitale de l’Union pseudo-européenne tremble maintenant pour l’Espagne. En effet, les électeurs élisent, ce dimanche, députés et sénateurs six mois après un premier scrutin survenu en décembre dernier. La routine politicienne a été chamboulée puisque le bipartisme entre les socialistes du PSOE et les conservateurs libéraux du Parti populaire (PP) établi à partir des années 1980 s’est effacé au profit d’un ensemble quadripartite dû à l’apparition simultanée du mouvement centriste libéral centralisateur anti-régionaliste Ciudadanos (« Citoyens ») d’Albert Rivera et de la formation de gauche radicale anti-austérité Podemos (« Nous pouvons ») de Pablo Iglesias.

Aucun n’est néanmoins parvenu à s’accorder malgré leur envie unanime de chasser l’actuel président du gouvernement et chef du PP, Mariano Rajoy. Sa politique libérale d’austérité, son centralisme exacerbé et les nombreuses affaires de corruption qui frappent son entourage les empêchent de constituer une quelconque alliance. Le PSOE aurait pu conclure un pacte de gouvernement avec Podemos et Ciudadanos, mais ces deux derniers ont des programmes opposés, en particulier sur la rigueur budgétaire et la tenue d’un référendum d’autodétermination en Catalogne (Rivera est contre, Iglesias est pour). En outre, Pablo Iglesias a exigé du PSOE la moitié des ministères (dont celui de l’Intérieur) et la vice-présidence du gouvernement, ce que les responsables socialistes ont immédiatement refusé. Le blocage a provoqué la dissolution des Cortès.

Pour les législatives d’aujourd’hui, les mêmes se représentent. Selon les sondages (qu’il faut lire avec précaution), le PP conserverait sa première place sans obtenir la majorité absolue des sièges; Ciudadanos resterait bon quatrième. La sensation proviendrait d’un PSOE dépassé par Podemos. Contrairement aux élections de fin 2015 et après de vives dissensions internes, Podemos vient de renoncer à sa position populiste « ni droite ni gauche » qui entendait défendre l’« Espagne d’en-bas » contre la « caste » politicienne de l’Établissement pour s’entendre avec Izquierda Unida (« Gauche unie » qui rassemble communistes, alternatifs et Verts) sous la bannière d’Unidos Podemos (« Unis, nous pouvons »). Ainsi reprend-il une tactique assez réussie aux municipales grâce à des listes civiques d’extrême gauche républicaine toujours focalisées sur leur défaite de 1939. Iglesias justifie ce rapprochement en se revendiquant désormais « progressiste de sensibilité sociale-démocrate » alors qu’il ne cachait pas jusque-là son admiration pour le Vénézuélien Hugo Chavez, le Bolivien Evo Morales et… l’Argentin Juan Péron. Il anima par ailleurs une émission sur une télévision de langue espagnole lancée et financée par Téhéran.

Une Syriza espagnole vient de former et pourrait « PASOKiser » le PSOE réduit au rang de partenaire mineur d’un futur gouvernement Iglesias. Il sera cependant très difficile à ce professeur trentenaire en sciences politiques et à la célèbre queue de cheval d’accéder à cette fonction, car les caciques droitiers du PSOE, le PP et Ciudadanos rejettent par avance tout référendum d’autodétermination en Catalogne tandis que Podemos en soutient le principe sans pour autant  prôner l’indépendance, soulignant plutôt le caractère plurinational de l’Espagne.

Il est probable que les barons du PP excluent à terme Rajoy et s’entendent ensuite au nom de l’unité nationale à préserver avec Ciudadanos et quelques élus du PSOE avec le risque élevé de faire exploser le parti socialiste. Unidos Podemos va-t-il toutefois profiter du Brexit et de ses appels incessants en faveur d’une autre Europe plus populaire, plus sociale et moins financière ? On ne peut qu’observer que le clivage droite – gauche perdure encore au-delà des Pyrénées au point d’estomper les questions nationales et sociales.

Georges Feltin-Tracol

• Mis en ligne le jour même sur EuroLibertés.

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Sur le nouveau livre de Georges Feltin-Tracol par Rüdiger NON-CONFORME

26 juin 2016

Nos lecteurs connaissent bien Georges Feltin-Tracol pour ses différents ouvrages mais aussi pour les conférences qu’il est venu faire pour le Cercle Non Conforme à deux reprises. Très actif dans la presse de nos idées (Réfléchir & Agir) et sur Internet (en particulier via son site Europe Maxima), l’auteur est un acteur infatigable de notre cause et cet ouvrage, son dernier en date, méritait que l’on s’y arrête. Nous avions d’ailleurs fait une entrevue de Georges Feltin-Tracol il y a quelques semaines à l’occasion de la parution d’Éléments pour une pensée extrême.

À l’image de précédents livres (Réflexions à l’Est; L’Esprit européen entre mémoires locales et volonté continentale), cette nouvelle parution est un recueil d’articles (ou chroniques) écrits ces dernières années et déjà publiés dans diverses revues ou sites Internet. La soixantaine d’articles ici réunis sont introduits par un propos inédit donnant le « ton » de l’ouvrage : le combat des idées, le combat tout court devrais-je dire. « Une révolution se fait avec des idées extrêmes ou radicales ! » clame le fondateur d’Europe Maxima que l’on ne pourra que suivre dans son raisonnement visant à fournir des cartouches intellectuelles solides, cartouches qui manquent souvent cruellement à ceux qui s’opposent au Système. Soulignant l’échec que fût la MPT (bien trop docile), Feltin-Tracol estime que seule une résistance acharnée peut mener à de réels résultats (il donne ainsi l’exemple des ZAD, des taxis lors de l’affaire Uber et des Bonnets Rouges). En conséquence, la radicalité est une obligation pour le militant et « passe d’abord par un réarmement physique, intellectuel et éthique ». Face à un avenir qui sera « rude, difficile, éprouvant » et qui verra se multiplier les crises, « il faut des pensées radicales ». L’objectif est clair: « Éradiquer l’origine, la base, les racines des maux actuels » et faire de « l’avenir de la substance ethnique européenne » notre priorité absolue !

Le vivifiant programme décrit plus haut se décline ici sur plus de 400 pages. Les nombreux articles ont, fort heureusement, été classés en 8 grands thèmes. Si la situation politique et sociale de notre pays occupe une bonne partie de l’ouvrage (deux grandes parties : « La tyrannie républicaine » et « Éclatements de l’Hexagone »), la guerre culturelle et médiatique ainsi que la situation européenne sont copieusement mises à l’honneur elles aussi. Par ailleurs, une partie nommée « Figures » revient sur plusieurs grands noms qui ont inspiré l’auteur (Saint-Loup, Maurice Bardèche, Dominique Venner, Jacques Marlaud, Maurice Rollet).

La variété des sujets traités au sein de l’ouvrage est évidemment si importante qu’il serait laborieux d’en faire une liste ici. Nombre de tares du monde actuel y sont dénoncées (l’imposture multiculturaliste; la marchandisation et l’uniformisation de l’être; l’égalitarisme forcené; les sociétés décadentes telles la Suède ou la France; le pouvoir des oligarchies…) et une chose est sûre: le sacro-saint droit-de-l’-hommisme est bafoué à chaque page ! Feltin-Tracol, fort d’une culture incroyable, ne se limite aucunement à la seule dénonciation et fait, tout au long de son ouvrage, nombre de propositions qui, pour certaines, risquent de ne pas laisser le lecteur indifférent ! Qu’il affirme le légitime droit aux armes ou qu’il propose « dans une perspective postmoderne et néo-faustienne, le recours à la PMA [qui] pourrait relancer la natalité européenne en permettant aux couples autochtones infertiles d’avoir des enfants », l’auteur propose bien une pensée réellement radicale ! Qui n’hésite pas d’ailleurs à explorer des terres que nos milieux abordent peu ou mal (des ZAD aux écrits du Comité Invisible), ce qui est fort positif.

En cette époque où rien ne va plus mais où tout peut (et doit) être reconstruit, Éléments pour une pensée extrême est un plaidoyer de premier ordre pour repenser notre Europe à l’opposé du « monothéisme du marché et de la consommation » que nous subissons aujourd’hui et qui ne tend qu’à une seule chose : nous anéantir.

Rüdiger Non-Conforme

• D’abord mis en ligne sur Cercle Non Conforme, le 25 mai 2016.

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