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« Chouette, revoilà les années Trente ! » par Georges FELTIN-TRACOL

1 mars 2015

Madame, Mademoiselle, Monsieur, Chers Amis et Lecteurs,

Avec la sortie simultanée de deux numéros de Synthèse nationale (116, rue de Charenton, F – 75012 Paris) :

— le n° 38 (12 €), de janvier – février 2015, consacré à « Nations, civilisations… », avec une nouvelle et énergique maquette;

— le n° 4 hors-série (12 €), intitulé « Non, nous ne sommes pas Charlie » avec des contributions de Jean-Ansar, Serge Ayoub, Bruno Bartez, Yvan Benedetti, Claude Bourrinet, Thibaut de Chassey, Yves Darchicourt, Raoul Fougax, André Gandillon, Bruno Gollnisch, Roland Hélie, Carl Lang, Jean-Yves Le Gallou, Jean-Marie Le Pen, Jean-Gilles Malliarakis, M.N.R., Charles-Philippe d’Orléans, Charlotte d’Ornellas, Patrick Parment, Caroline Parmentier, Arnaud Raffard de Brienne, Philippe Randa, Riposte laïque, Jean-Claude Rolinat, Robert Spieler, Nicolas Tandler, Pierre Vial, Georges Feltin-Tracol et bien d’autres.

Vient de paraître le n° 49 de Réfléchir & Agir avec un excellent dossier sur l’armée française en ruine (6,50 € – B.P. 80432, F – 31004 Toulouse C.E.D.E.X. 6).

Ces derniers temps, on a beaucoup parlé de la liberté d’expression. Sans oublier Rivarol, Minute, Présent, la vraie liberté d’expression, c’est aussi l’abonnement annuel à Réfléchir & Agir (26 € pour 4 n° + cadeau annuel réservé aux seuls abonnés) et à Synthèse nationale (50 € pour 6 n°) !

La rédaction

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Le 29 octobre 2012, alors que s’amplifiait la participation à la « Manif pour Tous » contre la loi Taubira sur l’homoconjugalité, le porte-parole du P.S., David Assouline, estimait que « la droite est en pleine dérive et prend de plus en plus pour modèle celle des années trente ». Sans le savoir, ce sénateur de Paris inaugurait une mode éditoriale concrétisée au dernier trimestre 2014 par la parution de deux ouvrages au titre révélateur.

Les auteurs des Années 30 sont de retour (1) et des Années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard (2) appartiennent à une gauche plus ou moins sociétalistes et gendéristes. Ils sont surtout obnubilés par une réitération de l’histoire, à savoir le bégaiement en 2014 – 2015 d’événements survenus quatre-vingt ans plus tôt. Ainsi comparent-ils les intenses négociations diplomatiques entre le président russe Vladimir Poutine, le président ukrainien, Petro Porochenko, notre « Flamby » hexagonal et le chancelier allemand Merkel à la conférence de Munich de septembre 1938. Quelques mois plus tôt, d’autres personnalités simplistes confondaient l’annexion de la Crimée par la Russie à celle des Sudètes par le Reich allemand, voire au coup de Prague de mars 1939…

Les rédacteurs de ces deux ouvrages ne se contentent pas d’établir des parallèles entre la situation européenne d’hier et d’aujourd’hui. Ils craignent revivre ce que leurs aïeux ont vécu. Ils considèrent par exemple que Dieudonné et Soral seraient de nouveaux Céline, qu’Éric Zemmour, par ses polémiques, remplace Charles Maurras, que le Front national de Marine Le Pen reprend la trajectoire opportuniste des anciennes Croix-de-Feu devenues après leur dissolution en 1936 un Parti social français qui auraient peut-être remporté les législatives de 1940, que Laurent Bouvet, Jean-Claude Michéa, voire Christophe Guilluy, entrent dans les « champs magnétiques » non pas du fascisme, mais d’un populisme conservateur rance, que les chantres de la démondialisation, Arnaud Montebourg et Emmanuel Todd, répètent les diatribes néo-socialistes d’un Marcel Déat…

Journalistes institutionnels et signataires de ces essais ignorent sûrement que l’intérêt pour les années 1930 remonte en France à 1998 avec le n° 50 de la revue annuelle Nouvelle École. « Les années trente, écrivait Alain de Benoist, ont été des années de feu. Elles ont vu l’entrée dans la modernité se systématiser par tout (3). » Assimiler notre temps présent à cette décennie remuante relève d’une vaine spéculation et de la recherche, volontaire ou non, d’un supposé croque-mitaine bouffeur de gentils Bisounours… transgenre (?).

En dépit d’une crise économique féroce, il serait dérisoire de comparer les deux périodes. Rien que dans le domaine de la pensée politique, qui serait l’équivalent actuel des non-conformistes français, de la Révolution conservatrice austro-allemande ou des premiers cénacles eurasistes exilés à Prague et à Paris ? Quelle revue jouerait un rôle comparable à celui d’Esprit (qui existe encore), de L’Insurgé, de Combat ? Qui poursuit les travaux inachevés de L’Ordre nouveau ? Qui seraient les nouveaux Georges Valois et Bertrand de Jouvenel ? Certes, il y eut la « Jeune Droite », puis, quarante ans après, la « Nouvelle Droite ». Faut-il pour autant en conclure à l’émergence prochaine d’une « néo-jeune droite » à un moment où le clivage gauche – droite perd de sa pertinence ?

Bien sûr, des périodiques représentent l’anti-conformisme actuel : Réfléchir et Agir, Synthèse nationale, Éléments, Rébellion, Terre et Peuple, Militant, Présent, Minute, Rivarol, Faits et Documents, L’Action Française… Ils ne sont plus isolés. Grâce à Internet, existent enfin d’autres émetteurs de pensée alternative au « politiquement correct » en vigueur dans les médiats du Système. Il y a des radios vraiment libres telles Radio Courtoisie ou l’émission « Méridien Zéro », une télévision indépendante (T.V. Libertés), une kyrielle de sites rebelles (Euro-Synergies, Métapo Infos, Vox N.-R., Polémia, Jeune Nation, Solidarisme, etc.). Certes, les impressionnantes manifestations de l’automne – hiver 2012 – 2013 contre Taubira ainsi que d’autres démonstrations de force populaires comme l’extraordinaire « Jour de Colère » du 26 janvier 2014 ont pu être apparentées aux défilés ligueurs des années Trente. Mais toutes ces similitudes apparentes ne prouvent pas une résurgence de la décennie 1930 en ce premier quart du XXIe siècle.

Par ces temps incertains, il importe de savoir concilier la ténacité combative du début des années 1960, l’envie – très hussard – de déplaire propre aux années 1950, l’impérieux sentiment de résister et de bâtir une vraie Europe des années 1940, et l’esprit magnifique de révolte des années 30 : la différence des enjeux exige une approche nouvelle et un apport salvateur de solutions novatrices. Toutefois,  quelques exégètes rabougris pensent revivre avec effroi la dernière décennie de l’avant-guerre, eh bien, qu’ils en soient hantés ! Souhaitons pour notre part que les belles années Trente puissent nous inspirer pour les défis tant de l’heure que de demain !

Georges Feltin-Tracol

Notes

1 : Renaud Dély, Claude Askolovitch, Pascal Blanchard et Yves Gastaut, Les années 30 sont de retour. Petite leçon d’histoire pour comprendre les crises du présent, Flammarion, coll. « Documents Sciences humaines », Paris, 2014.

2 : Philippe Corcuff, Les années 30 reviennent et la gauche est dans le brouillard, Éditions Textuel, coll. « Petite encyclopédie critique », Paris, 2014.

3 : Alain de Benoist, « Présentation. Les années Trente », dans Nouvelle École, n° 50, 1998, p. 1.

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Solution politique ? par Claude BOURRINET

1 mars 2015

La politique avant tout, disait Maurras. Parlons plutôt, comme Baudelaire, d’antipolitisme. On sait que le poète, porté, en 1848, par un enthousiasme juvénile, avait participé physiquement aux événements révolutionnaires, appelant même, sans doute pour des raisons peu nobles, à fusiller son beau-père, le général Aupick. Cependant, face à la niaiserie des humanitaristes socialistes, à la suite de la sanglante répression, en juin, de l’insurrection ouvrière (il gardera toujours une tendresse de catholique pour le Pauvre, le Travailleur, et il fut un admirateur du poète et chansonnier populiste Pierre Dupont), et devant le cynisme bourgeois (Cavaignac, le bourreau des insurgés, fut toujours un républicain de gauche), il éprouva et manifesta un violent dégoût pour le monde politique, sa réalité, sa logique, ses mascarades, sa bêtise, qu’il identifiait, comme son contemporain Gustave Flaubert, au monde de la démocratie, du progrès, de la modernité. Ce dégoût est exprimé rudement dans ses brouillons très expressifs, aussi déroutants et puissants que les Pensées de Pascal, Mon cœur mis à nu, et les Fusées, qui appartiennent à ce genre d’écrits littéraires qui rendent presque sûrement intelligent, pour peu qu’on échappe à l’indignation bien pensante.

Baudelaire, comme on le sait, est le créateur du mot « modernité », qu’il voyait incarnée dans les croquis de Constantin Guys, et que son sonnet, « À une passante », symbolise parfaitement. La modernité, c’est l’éternité dans la fugacité. Rien à voir, au fond, avec l’injonction rimbaldienne, que l’on voulut volontariste, mais qui n’était que résignée et désabusée, d’être à tout prix moderne. Baudelaire ne destine pas sa pensée à la masse. S’adresse-t-il, du reste, à quiconque ? Il est visionnaire, c’est-à-dire qu’il saisit au vol l’esprit et l’image. L’image, sous la forme des tableaux d’art, fut sa grande passion. Et les symboles, ces images essentielles, qui correspondent avec nous, ces surréalités situées « là-bas », au-delà, mais en jonction avec les sens, et faisant le lien avec les Idées, constituent cette échelle de Jacob, qui nous offre la possibilité de frôler le cœur divin, malgré nos limites angoissantes et torturantes.

Baudelaire se situe, au sein d’un monde qui a parodié la dynamique chrétienne, pour la caricaturer en vecteur de progrès infini, ce qui est une autre façon de blasphémer, car seul Dieu seul est infini, pousse l’archaïsme religieux, à grande teneur « traditionnelle » (mais, comme Balzac, il s’inspire du penseur mystique Swedenborg), jusqu’à ne consacrer ce qui lui restait à vivre (il est mort en 1867) qu’à ce culte de la Beauté, qui est une ascension, et non un plaquage sur la réalité sociale-politique. La dimension baudelairienne est la verticalité.

Pour le reste, c’est-à-dire sa conception anthropologique, il partage la conception janséniste (contre Rousseau) du péché, impossible à dépasser et à contrer, lequel propose des pièges et des ruses, souvent raffinées, ces « opiums », par exemple, que sont l’amour, la beauté, l’ivresse, élans nobles et dérisoires, qui nous font croire que nous sommes des dieux mais qui, malgré tout, ironiquement, nous donnent un pressentiment du divin… Baudelaire est un idéaliste pessimiste.

Il n’existe plus de Baudelaire, au XXIe siècle. On sent parfois, chez certains, son ombre. Par exemple Richard Millet, s’il n’était obsédé par le politique. Sa Confession négative m’a fortement ébranlé. Il retrouve les accents pascaliens, le sens de la grandeur, le goût des gouffres. Il faudrait écrire moins, et moins s’intéresser aux médias. Richard Millet n’est pas assez désespéré. J’évoque ainsi l’un de nos écrivains qui sait encore écrire, donc penser, au sens baudelairien, c’est-à-dire vivre son encre, comme son sang, mais il faut admettre que nous manœuvrons dans un monde de Lilliputiens, qui se pâment devant des monuments hauts comme quatre pommes. On voit bien que ce qui manque, c’est la cruauté. Baudelaire était un grand lecteur de Sade, comme, du reste, les auteurs intelligents de son époque. Malheureusement, on dirait que le seul imbécile qui ait eu alors du génie, Victor Hugo, ait été le seul, au bout de cent cinquante ans, à générer une abondante descendance. Sans la démesure.

Que sont devenus nos penseurs, nos grands phares ? On dirait que la littérature, si proche maintenant de la politique politicienne, se fait sur un coin de comptoir. Ça a commencé, il est vrai, au Procope, lorsque des entrepreneurs d’idées s’excitaient les lumières en buvant du café. Depuis, on est sorti dans la rue, de plus en plus polluée et enlaidie par des boutiques, pour ne plus en sortir. L’intelligence est une affaire, comme la bourse, avec ses fluctuations, ses rumeurs, ses coups et ses misères. Le livre est une action, non pas même un enfumage idéologique, comme du temps des « philosophes », mais une option sur une possible rente, au moins symbolique, du moins médiatique. La seule ascension possible, maintenant, c’est celle de l’ascenseur qui porte jusqu’au studio de télévision.

Au moins, si quelqu’un avouait que le roi est nu ! Même pas un roi déchu, puisqu’au a perdu la mémoire de tout, même des ors de notre origine divine, surtout de cette noblesse glorieuse, qu’on a remplacée par le clinquant démocratique. Mais un roi déshabillé, à poil, si l’on veut. Illustrons le propos, et provoquons en dévalant un nombre conséquent d’étages, jusqu’aux caves. Il y a un peu de honte à descendre si bas, mais, finalement, c’est là le niveau d’existence de notre monde. Avant donc de rédiger ces réflexions si réalistes, j’ai jeté un coup d’œil, le diable me poussant, sur le site de Riposte laïque, qui a le suprême avantage, pour un analyse intempestif, de synthétiser la bêtise contemporaine, dans une société qui ne manque pas, pourtant, d’émulation en ce domaine. Je lis ainsi qu’il suffit d’éradiquer l’islam de notre terre pour que la France revive, et que le numéro spécial de Charlie Hebdo est, grand bien fasse à cette France si frémissante face à cette perspective de renaissante ! paru. La France, c’est Charlie débarrassé du danger musulman. Le roi tout nu s’amuse. Hugo serait content : les Rigolettos l’ont emporté, et les Sganarelles, et les Scapins. La valetaille s’en donne à cœur joie : il suffit de bouter la galère de Sarrasins hors du port pour que nos champs refleurissent (avec l’aide de Monsanto, évidemment).

Nous ne faisons que résumer les débats actuels.

Toute cette cuisine alourdit l’estomac. Achevons !

On dirait que le bon Dieu, s’étant aperçu que la marmite renvoyait dans la cuisine divine, des odeurs suspectes, avait décidé de touiller à grands coups de louches la mixture mal embouchée et susceptible de sécréter quelque poison.

À propos du peuple français, pour autant qu’on jette la mémoire jusqu’au bout de la nuit des temps, on sait que plusieurs civilisations qui nous ont précédés ont disparu dans le néant, laissant à peine quelques traces. Ainsi des Incas, des Celtes… D’autres ont eu la chance d’avoir une postérité culturelle, comme les Hellènes. On ne voit pas pourquoi la France ne connaîtrait pas le sort de ce qui mérite de périr, comme disait Hegel de ce qui existe, ou a existé. Enlevez le lierre suceur de sève à un arbre vermoulu, presque crevé, cela m’étonnerait bien qu’il reparte. La France est cet arbre. Les rares esprits assez cultivés et lucides qui retracent les étapes de la décadence intellectuelle, non seulement de notre pays, que son excellence idéologique a sans doute particulièrement fragilisé, tant l’ivresse du mot conduit vite au vide existentiel (post coitum animal triste), mais aussi la planète entière, submergée par l’Occident nihiliste. La moraline bloque l’intelligence, fatalement.

Et je crois que la pire ânerie serait de chercher, à tout prix, une solution.

Claude Bourrinet

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