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Pour en finir avec le 14 juillet… par Arnaud DE ROBERT

20 juillet 2014

Madame, Mademoiselle, Monsieur, Chers Amis et Lecteurs du site,

Pour cette livraison estivale, votre site favori vous propose deux contributions dont une évoque un événement annuel surexposé il y a une semaine. Au 14 juillet, nous préférons mille fois le 27 juillet et la victoire de Bouvines dont nous célébrerons bientôt le 800e anniversaire.

Les mises en ligne à venir auront lieu le 3 août prochain.

Bonnes lectures !

La rédaction d’Europe Maxima

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La rumeur courait partout depuis des semaines.

Des soldats algériens au 14 juillet !

On a parlé de bataillons, ils ne seront finalement que trois avec un drapeau.

La raison de leur présence ? La commémoration de la participation des troupes coloniales à la Grande Guerre de 14-18…

Encore un enfumage de la « Gôôôche » bobo pour nous faire avaler que l’action des troupes coloniales (dont les effectifs ont constitué moins de 1 % des combattants de 14-18) a eu un rôle déterminant dans le conflit. Mensonge, encore et toujours du mensonge.

Je m’incline bien évidemment sur les 80 000 combattants des anciennes colonies tombés durant ce conflit. Cette guerre était atroce, ceux qui l’ont faite quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent méritent notre respect.

Mais cette guerre nous a surtout coûté à nous peuples européens, à nous Français. J’y ai perdu un arrière-grand-père et plusieurs membres de ma famille, comme vous, comme beaucoup de Français pour qui cette guerre à constitué une saignée de l’horreur, un cataclysme démographique, physique, culturel, moral et social, comme le souligne Dominique Venner dans son ouvrage sur la question (Le siècle de 1914 – à lire absolument).

Autre chose, les morts algériens de 14-18 sont morts pour la France, au sein de l’armée d’Afrique, partie constituante de l’armée française.

Alors, que viennent faire ce porte-drapeau de l’armée algérienne et ses deux gardes sur les Champs-Élysées ? De la propagande, de la belle propagande comme d’habitude.

Car c’est cela finalement le 14 juillet.

Depuis la prise de la Bastille, cette « fête » n’a d’autre but que de célébrer le triomphe des Lumières sur la Tradition, du bourgeois sur les ordres anciens, du progrès sur la coutume…

Entendons-nous bien, je ne suis pas royaliste ni conservateur. Simplement, nous savons tous quels sont les fruits qu’a donné cette « révolution », nous en subissons chaque jour le poids et chaque jour nous œuvrons à en combattre les effets.

Le 14 juillet est donc une immense opération de communication destinée à revivifier le mythe d’une « délivrance » de l’obscurantisme. Qui dit opération de communication dit acteurs. Et quels acteurs a-t-on choisi pour cette pantalonnade ? Ceux-là même qui auraient et pu et dû être les garants des dérives révolutionnaires, des délires post-soixante-huitards, du bougeoisisme geignard, d’une France dépecée par les libéraux, de la structure familiale détruite par les bobos : l’armée.

De fait, chaque année, on rejoue la scène de la soumission. Une armée, de plus en plus squelettique, dépouillée en hommes, armes, budgets et moyens d’actions se met sur son 31 et s’en va prêter hommage au dernier guignol sorti de l’E.N.A. !

Que c’est beau ! Que c’est beau ces généraux bardés de médailles, aux gueules de reîtres, aux profils augustiniens qui claquent des saluts militaires au V.R.P. Chirac, au nain hystérique Sarkozy et à Bozo le clown lubrique Hollande. Avec la même constance, le menton haut, le regard clair planté sur la ligne des Vosges, le sourcil velu et froncé, le militaire français s’en va sucer les Weston du p’tit François, fils monstrueux de la Révolution, bâtard jovial de l’ordre bourgeois, de la faconde gauchiste et du libéralisme sauvage.

Ahhh, François ! Lui qui n’a jamais entendu autre chose siffler à ses oreilles que des balles de tennis, il doit en tenir une belle en passant en revue les troupes. Pensez donc à ce qui peut traverser l’esprit d’un gauchiste des beaux quartiers, d’un énarque antimilitariste dans les années 70, d’une ministre de la Justice ancienne indépendantiste marxiste, d’un opposant farouche à toute structure verticale et identitaire (ce qu’est encore un peu l’armée, malgré tout)… La jouissance de ces servants du Système qui réalisent qu’ils ont tous pouvoirs sur ces hommes qui incarnent exactement ce qu’il combattent.

Par respect pour les nombreux membres de ma famille et les amis ayant servi ou servant dans les armées, j’arrêterai là mon propos sur ce qui reste de cette Institution, non sans souligner – n’en déplaise aux doux rêveurs – qu’il n’y aura jamais de putsch dans ce pays.

En colère oui, mais disciplinés et bien nourris quand même !

Demain donc, nous assisterons à la même mascarade, au même théâtre de boulevard avec musique, grosses voitures, claquements de talons, petite larme de circonstance…

Demain encore le Système rejouera la grande scène de la communion nationale dans l’esprit de 1789…

Libre à vous d’y participer, après tout il y a le bal populaire et le feu d’artifice, c’est sympa.

Libre à vous de regarder le défilé et de croire que les engins qui brillent donnent toujours la mesure de notre puissance militaire.

Libre à vous d’aller siffler Flamby ou ses invités, cela fera du spectacle.

Pour ma part, je vais aller avec mon fils au monument aux morts de 14-18, vous savez, celui qui est au centre du village.

Là-bas sont gravés les noms de jeunes hommes, morts pour la Patrie. Ils sont les héros malheureux de notre peuple. Leur exemple est inutilement beau et pourtant d’une grande puissance mobilisatrice.

Nous y déposerons quelques fleurs et je lui parlerai de son arrière-arrière grand-père, tombé noblement au champ d’honneur, un matin de septembre 1916.

J’invite chacun d’entre vous à faire de même, parce qu’après tout, une fête nationale devrait honorer le sang, la terre et les morts. Et c’est sur ce socle qu’on refonde un combat, celui du sens de l’Histoire.

Arnaud de Robert,

porte-parole du M.A.S. (Mouvement d’action sociale)

• D’abord mis en ligne sur Cercle non-conforme, le 14 juillet 2014.

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Maurice Bardèche, « Suzanne et le Taudis » par Lydéric NON-CONFORME

20 juillet 2014

« Je rendais grâce au ciel d’avoir fait de moi un cuistre obscur.

Et aussi de m’avoir donné un taudis d’une pièce et demie,

quand la moitié de l’Europe logeait dans des caves. »

1 – Maurice Bardèche et la politique

La production littéraire de Maurice Bardèche ayant trait à la politique, radicale dans son fond et souvent très attrayante dans sa forme, n’est pas le fruit de l’assimilation particulièrement réussie de la pensée d’illustres prédécesseurs maurrassiens, ni même la somme d’un nombre quelconque de réflexions antérieures, forgées à chaud à cette époque désormais révolue où l’expression « presse d’opinion » avait encore un sens. Au contraire, comme le révèle Jacques Bardèche, son propre fils, dans l’entrevue qu’il a bien voulu accorder à nos camarades de M.Z. [l’émission de webradio « Méridien Zéro »; N.D.L.R.E.M.] récemment, Maurice Bardèche a commencé à vraiment s’intéresser à la politique à partir d’un moment historique bien précis : l’exécution de son ami et beau-frère Robert Brasillach, le 6 février 1945. De fil en aiguille, la pensée politique de Bardèche a donc émergé en réaction à un certain nombre d’événements, qu’il juge insupportables : l’exécution sommaire et injustifiée de son ami, les horreurs de l’épuration, le climat d’hypocrisie exacerbée d’après-guerre… Pour autant, jamais la plume de Bardèche n’accouche de propos haineux, contrairement à ce que laisse souvent entendre une certaine littérature engagée à gauche. Bien loin des pamphlets outranciers de Céline, des présages sombres et du pessimisme de Drieu, des intransigeances de Rebatet ou de Coston, la prose de Bardèche invite souvent le lecteur à entrevoir des rivages plus sereins : la recherche d’une forme d’équilibre, de justice, ou tout simplement de common decency, pour reprendre la formule d’Orwell. La pensée de Bardèche, c’est peut-être d’abord l’expression du bon sens appliquée à la politique. C’est un véritable antidote à la langue de bois.

Suzanne et le Taudis s’inscrit parfaitement bien dans cette forme littéraire très particulière, issue d’une radicalité qui ne sacrifie jamais à l’outrance ou à la provocation. Il en résulte un véritable pamphlet dans un gant de velours

2 – Le Taudis, frêle esquif au milieu des flots tumultueux

D’un point de vue formel, Suzanne et le Taudis se présente comme un récit plein de saveurs axé sur les conditions matérielles de Maurice Bardèche et de sa femme, Suzanne, la sœur de Robert Brasillach, après que le couple, qui habitait jusqu’alors avec celui-ci, se soit vu dépossédé de son appartement, « réputé être indispensable aux nécessités de la Défense nationale » au moment de la Libération.

De logis insalubre en appartement de fortune, en passant, bien sûr, par la case prison, sans jamais d’atermoiements, toujours avec un ton caustique, Bardèche nous livre un florilège de souvenirs où l’on entrevoit pêle-mêle d’indolentes femmes de chambres, de vertueux jeunes garçons animés d’idéaux maudits, d’improbables compagnons de cellules, mais aussi de bien espiègles marmots.

On croise au fil des pages de nombreux intellectuels plus ou moins proches de Bardèche : François Brigneau, Roland Laudenbach, le célèbre dessinateur Jean Effel, Marcelle Tassencourt et Thierry Maulnier, Henri Poulain, ou encore Marcel Aymé, à propos duquel Bardèche écrit : « Il a l’air d’un saint de pierre du douzième siècle. Il est long, stylisé, hiératique, il s’assied tout droit, les mains sagement posées sur les genoux comme un pharaon et il fait descendre sur ses yeux une sorte de taie épaisse pour laquelle le nom de paupière m’a toujours paru un peu faible ». Cette icône byzantine incarnée, sans partager nécessairement les idées politiques de Bardèche, engage pourtant une campagne en faveur de celui-ci à l’occasion de son procès, dans un article publié dans Carrefour le 26 mars 1952, intitulé « La Liberté de l’écrivain est menacée ».

On découvre aussi dans ce roman, bien entendu, Suzanne, toute entière dévouée à l’éducation de ses enfants, fière, pragmatique, essayant tant bien que mal d’endiguer le flot continuel de trouvailles plus ou moins bien venues de la part de sa progéniture, au milieu des intellectuels pas toujours fréquentables que Bardèche recevait parfois chez lui. À ce titre, on pourra louer la lucidité de l’auteur quant aux travers récurrents et indéboulonnables des individus, parfois tout à fait valeureux mais bien trop souvent en dehors du réel, qui se réclamaient du fascisme encore après la guerre. Bardèche fustige leurs travers d’alcooliques ou leurs élans despotiques sans pour autant leur tourner le dos, à aucun moment.

À travers ces tranches de vie tour à tour drôles, touchantes, poignantes, Maurice Bardèche, de son style limpide, dresse l’autoportrait d’un écrivain voué à l’exclusion et à la misère, un homme sincère et droit dans ses bottes, volontiers porté sur l’autodérision, terriblement humain, au fond.

3 – Un récit sur la condition de l’écrivain dissident

Maurice Bardèche aurait pu poursuivre la très belle carrière qu’il s’était taillée avant la guerre. Successivement élève de E.N.S., agrégé de Lettres, docteur ès Lettres, professeur à la Sorbonne puis à l’université de Lille, on lui doit d’admirables ouvrages encore aujourd’hui unanimement reconnus sur Balzac, Flaubert, Stendhal, Bloy et Céline.

En mettant son talent au service d’une cause, Bardèche sait qu’il ne retrouvera jamais le confort matériel, la stabilité, la quiétude de sa vie d’autrefois. À travers Suzanne et le Taudis, Bardèche nous laisse entrevoir ce que la condition des hommes, et plus particulièrement des écrivains, qui osent se compromettre, peut avoir d’instable et de précaire. Le système a bien senti que la plume de Bardèche cherchait à lui chatouiller le menton; il a donc tout mis en œuvre, non pas seulement pour ôter cette plume, mais aussi pour rendre l’existence de celui qui la maniait aussi inconfortable que possible.

Il est très intéressant de constater qu’à la fin de son ouvrage, paru en 1957, Bardèche invoque les noms de Bernanos, de Maurras, de Péguy, et aussi de Céline. Il reconnaît en effet chez ces écrivains une forme d’engagement absolu, inconditionnel, qui prévaut sur les contingences quotidienne. Or, le même Céline finit par tomber en disgrâce aux yeux de Bardèche, comme on l’apprend dans la biographie remarquable qu’il lui consacre en 1986. Bardèche  confirme sa prise de position à l’occasion de son apparition sur le plateau de la mémorable émission d’« Apostrophes », le 3 avril 1987, devant un B.H.L. qui manque de s’étrangler d’indignation – mais pas pour prendre la défense de Céline, comme vous pouvez l’imaginer.

Pourquoi cette soudaine volte-face de la part d’un écrivain d’ordinaire si constant dans ses choix ? Il faut dire que le professeur Destouches a bien changé, entre les prises de positions franchement assumées de Voyage au Bout de la Nuit et la surenchère stylistique de Féerie pour une autre fois, dans lequel Céline choisit d’endosser le rôle de la victime qu’on voue aux feux de la Géhenne. On imagine aisément que les persécutions modernes aient été difficiles à supporter pour les écrivains modernes à contre-courant des idées reçues, et bien loin de nous l’idée de jeter la pierre à l’une ou l’autre de ces figures illustres. Bardèche pourtant, dans son dénuement quasi monacal, apparaît dans la tourmente avec un éclat bien différent de celui de Céline, exilé au Danemark, tout engoncé, à la fin de sa vie, dans un nombrilisme maladif.

Maurice Bardèche me rappelle toujours Diogène, même si l’auteur de Suzanne et le Taudis est peut-être un peu trop bonne pâte pour être un authentique cynique. Le taudis de l’un valait bien le tonneau de l’autre, en tout cas, et l’image résume fort bien le propos du livre, posé sous forme de morale à la fin de l’ouvrage, mais que les militants d’aujourd’hui devraient sans doute méditer comme une problématique essentielle du combat qu’ils mènent aujourd’hui : celui qui ne pratique pas la langue de bois et qu’anime le désir de lutter contre le système doit s’attendre au retour de flamme. Adopter la position d’un dissident comporte des risques qu’il faut avoir le cran d’assumer, sans chercher à se réfugier derrière de fallacieux prétextes…

Sans aller jusqu’à prendre le radicalisme de Bardèche pour un modèle absolu, on peut lire Suzanne et le Taudis comme une belle leçon d’humilité, et se souvenir que l’engagement le plus total jeté à la face de tous sur Facebook ne vaut strictement rien si c’est une intransigeance de façade qui ne trouve jamais à s’exprimer dans la vie quotidienne.

Lyderic Non-Conforme

• Maurice Bardèche, Suzanne et le Taudis, Plon, 1957.

• D’abord mis en ligne sur Cercle non-conforme, le 29 juin 2014.

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